Etudiants et professeurs lancent leur revue,
… et s’invitent dans le débat 

Réfléchir l’actualité

        Construire un espace public éclairé

                 Avoir souci du monde commun 

 

                

 

 

 

« Si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance !  Abraham Lincoln

 

 Cause commune noue une alliance inédite entre professeurs de lycée, universitaires et intellectuels. Tous les collègues, mais aussi les lettrés et les étudiants sont donc invités à écrire dans la revue, à élargir cette alliance, à ouvrir une brèche face à la pseudo culture de divertissement, omniprésente, et à placer l’écrit et le savoir au centre de l’Ecole et de la Société, non ce qui fait écran à la pensée, et anesthésie l’esprit en stérilisant la critique. Revue pluraliste, exigeante, d’abord adressée aux jeunes citoyens francophones, mais également au grand public qui désire élargir ses horizons théoriques et mieux comprendre le monde contemporain, Cause commune a pour ligne éditoriale de réfléchir l'actualité à partir des œuvres majeures de l'esprit : par la publicité faite aux idées et aux oeuvres, il s'agit de participer à la consolidation d’un espace public éclairé.

 

 « L’usage public de notre raison doit toujours être libre, et seul peut répandre les lumières parmi les hommes. J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on  en fait comme savant devant l’ensemble du public des lecteurs ». Kant, Qu’est-ce que les Lumières ? 


CAUSE COMMUNE

Revue citoyenne d’actualité réfléchie

« La cause de la vérité devrait être la cause commune… » Montaigne

Sortie nationale 5 avril 2007 : voir l'affiche

 

Site web : http://www.causeco.fr (infos, textes, abonnements...)

 

Contact : Pierre Dupuis, dir. de la rédaction, causeco@orange.fr

 

     Plus largement , la ligne de la Revue consiste en la défense et la promotion des valeurs républicaines à l'Ecole à partir d'une culture exigeante, mais ouverte en droit à tous, visant à former des citoyens éclairés, la défense et la promotion de la langue française et des langues sédimentaires (grec, latin…) à partir des œuvres littéraires, mais d'abord le souci de penser le monde dans son actualité de façon réfléchie, à partir des auteurs (philosophes, historiens, sociologues, lettrés…), en particulier contemporains, qui permettent de le mettre en perspective.

     La finalité de la revue consiste donc à promouvoir l'idée d'une Ecole exigeante mais généreuse, centrée essentiellement sur les lettres, sensu largo, comme outil du développement de l'intelligence de tous, moyen d'ouverture des esprits à l'intelligence instruite donc réfléchie du monde (et pas seulement technicienne et calculante), et agent de la promotion d'une citoyenneté véritable, par arrachement salutaire à l'esprit tiède de l'individualisme consumériste en particulier comme aux communautarismes de tous bords. A ce titre, la Revue affirme que tout individu, tout élève en particulier, parce qu'il doit devenir citoyen du monde, doit d'abord être respecté comme être de langage, doué d'une intelligence réflexive et méditante que l'Ecole a pour mission première d'instruire à partir des œuvres majeures de la culture. Il n'y a pas de "littéraires", de "scientifiques", ou de "techniques", comme on parlerait de différentes espèces de cerveaux : cette compartimentation ne fait qu'aggraver la reproduction, en la légitimant. Il y a des élèves, plus ou moins en difficulté devant le maniement de la langue, et qu'il faut tous instruire, peu ou prou, parce qu'ingénieur, avocat, cuisinier, ou GO au Club Med demain, chacun exercera d'abord le métier d'homme et de citoyen d'une grande nation démocratique, et doit de ce point de vue être éclairé. Les lettres doivent être au centre de l'Ecole, c'est-à-dire l'intelligence du monde, afin que celle-ci devienne un peu plus celle qui mette en son centre les Humanités, soit le Savoir qui permet de lire ce Monde, et d'y agir ainsi de façon réfléchie.  

   "A côté des recherches savantes qui situent un grand penseur aux carrefours des influences qu'il a subies et de celles qu'il a exercées, il y a une place pour une question plus modeste mais grave : qu'en est-il pour nous ?

     La valeur d'une vraie philosophie ne se place pas dans une éternité intemporelle. Sa face lumineuse est tournée vers les êtres temporels que nous sommes. Sa sollicitude pour nos angoisses fait partie de sa divine essence. L'aspect véritablement philosophique d'une philosophie se mesure à son actualité. Le plus pur hommage qu'on puisse lui rendre consiste à la mêler aux préoccupations de l'heure".

Emmanuel Levinas, à propos de Maïmonide

      Revue d'actualité réfléchie, Cause commune entend prendre le temps et le recul nécessaires pour évoquer les débats contemporains qui nous concernent, comme citoyens français et européens, et par là contribuer un peu à faire exister ce nécessaire souci d'un Monde commun sans lequel l'humanité de chacun risquerait de se borner aux limites fort étroites de son ego, quelques cogitationes l'agitent par ailleurs, et par là de nous faire perdre cette liberté politique sans laquelle la démocratie n'est plus que sa propre caricature:

 - la question de l'évaluation du régime démocratique, et, après l'effondrement des grandes idéologies révolutionnaires,  du type de critique - interne - dont elle peut faire l'objet : le dossier Tocqueville, dès le numéro zéro de la revue, déploie en partie ce souci, en examinant les thèses du philosophe dont on sait les inquiétudes face aux dérives individualistes qu'il voit inscrites au principe même des sociétés démocratiques-modernes, mettant en péril la liberté politique, et que Tocqueville croit cependant pouvoir combattre, au nom des promesses de l'idéal démocratique lui-même.

 - la question des récentes "violences urbaines" en France, dont il nous semble urgent d'interpréter comme symptôme d'un malaise dans la culture de notre société : signe du délitement de l'ordre républicain, expression d'une misère réelle et protestation contre elle, ou signe avant-coureur d'un conflit de type religieux, voire ethnique?

 - la question européenne, qui reste en suspens, et semble-t-il dans une impasse qui requiert l'attention de tous les citoyens : quelle doit être le modèle politique de la construction européenne? Quelles sont les raisons profondes du "non" français au Projet de Traité européen? Jusqu'où penser l'élargissement de l'Europe, et sur quelles modalités? Ces questions engagent bien entendu des clivages idéologiques et politiques, différentes conceptions de la démocratie, du social, de la Nation même, à l'heure de la mondialisation et des sociétés multiculturelles, qu'il importe d'abord de clarifier.

      Par là, Cause commune prend résolument sa part dans la construction d'un espace public éclairé, pluraliste : non point faire œuvre d'idéologue, ou prendre nécessairement et toujours position, mais au minimum tenter de clarifier les débats, en dégageant les types de positions théoriques, les arguments et les présupposés qu'ils véhiculent, et ainsi permettre de les lire, et de s'y orienter, ce qu'à tout le moins on est en droit d'attendre de professeurs, s'adressant à leurs élèves et à leurs étudiants, quand bien même, d'être rendue publique, leur parole y serait moins tenue qu'à l'ordinaire à ce devoir de réserve qui ne les condamne pas pour autant à disputer seulement du sexe des anges.

     La sphère publique, née avec les temps démocratiques en effet, au XVIII° siècle, a subi depuis d'importantes et profondes modifications, dont la moindre n'est pas celle de son altération, voire de sa dénaturation par la logique du marché d'une part, dans le cadre d'une culture hyper-individualisée de la consommation, d'un empire de l'éphémère et de l'immédiateté. Un espace public véritable, éclairé, ne peut donc exister désormais sans la volonté d'hommes et de femmes libres et instruits de l'instaurer, de le faire vivre, de travailler à son élargissement. C'est à cette tâche, qui s'apparente à un des défis majeurs des démocraties actuelles, que nous appelons les universitaires, les collègues de Lycée, les lettrés en général, qui ne peuvent désormais plus seulement s'occuper de leurs classes, isolément, quand ce n'est pas de la seule gestion avisée de leur seule carrière. C'est donc sur le sens des responsabilités de chacun comme sur quelque esprit de grandeur, s'il en reste, que nous comptons.

 

 

     "Le principe de Publicité est le principe de contrôle que le public bourgeois a opposé au pouvoir pour mettre un terme à la pratique du secret propre à l'Etat absolu. Créateur d'une véritable sphère publique, ce principe circonscrit, à partir du XVII° siècle, un nouvel espace politique où tente de s'effectuer une nouvelle médiation entre la société et l'Etat, sous la forme d'une "opinion publique" qui vise à transformer la nature de la domination. A l'aide d'un ensemble institutionnel déterminé, qui permet le développement de discussions publiques d'intérêt général, il s'agit de soumettre l'autorité politique au tribunal d'une critique rationnelle.

     (…) Mais au terme d'un processus complexe d'interpénétration des domaines publics et privé, on assiste à une manipulation de la Publicité par des groupes d'intérêts et à une reféodalisation de la sphère publique, qui se trouve ainsi désamorcée dans ses fonctions critiques. La Publicité aujourd'hui se contente d'accumuler les comportements-réponses dictés par un assentiment passif. Au départ, principe de la critique, la Publicité a été subvertie en principe d'intégration. A l'ère de la Publicité manipulée, ce n'est plus l'opinion publique qui est motrice, mais un consensus fabriqué prêt à l'acclamation".

 

Jürgen Habermas, L'espace public